Revue de littérature : Les jeunes et la santé mentale sur les réseaux sociaux
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Résumé exécutif
Cette revue de littérature examine comment les jeunes utilisent les réseaux sociaux lorsqu’ils s’intéressent à la santé mentale, en se concentrant sur trois dimensions principales : la construction de communautés, la recherche d’information et les pratiques d’expression personnelle. L’analyse de 30 études récentes révèle que les plateformes sociales numériques jouent un rôle complexe mais majoritairement positif dans le parcours de santé mentale des adolescents et jeunes adultes. Les jeunes utilisent ces espaces pour créer des réseaux de soutien par les pairs, accéder à des informations sur les symptômes et les traitements, et partager leurs expériences personnelles de manière authentique. Les plateformes comme Instagram, TikTok, Facebook et Reddit émergent comme des espaces privilégiés où les jeunes trouvent validation, connexion et ressources, particulièrement pour les populations marginalisées qui font face à des barrières d’accès aux soins traditionnels.
1. Introduction
L’utilisation des réseaux sociaux par les adolescents et jeunes adultes est devenue omniprésente, avec 73% des adolescents possédant des smartphones et intégrant ces plateformes dans des aspects critiques de leur identité 1. Cette présence numérique s’étend au domaine de la santé mentale, où les jeunes se tournent de plus en plus vers les médias sociaux pour chercher du soutien, des informations et des espaces d’expression concernant leur bien-être psychologique. Particulièrement depuis la pandémie de COVID-19, les réseaux sociaux sont devenus la source principale d’information sur la santé mentale pour les adolescents 2.
Cette revue examine la littérature scientifique récente pour comprendre comment les jeunes utilisent les réseaux sociaux dans le contexte de la santé mentale, en se concentrant sur trois axes principaux : (1) les activités de construction de communautés, (2) les comportements de recherche d’information, et (3) les pratiques d’expression personnelle. L’analyse s’appuie sur 30 études pertinentes publiées entre 2012 et 2024, incluant des revues systématiques, des études qualitatives et des analyses de contenu.
2. Construction de communautés en ligne
2.1 Réseaux de soutien par les pairs
Les jeunes utilisent activement les réseaux sociaux pour créer et maintenir des réseaux de soutien par les pairs autour de la santé mentale. Les plateformes numériques facilitent l’accès aux ressources et au soutien communautaire, servant de points d’accès cruciaux aux soins de santé mentale 2. Cette fonction de soutien par les pairs est particulièrement importante car elle permet aux jeunes de se connecter avec d’autres qui partagent des expériences similaires 3.
Les groupes Facebook dédiés à la dépression chez les adolescents illustrent cette dynamique, où la majorité du contenu implique l’auto-divulgation, les échanges de feedback entre utilisateurs, et les offres de recommandations d’aide 4. Les jeunes souffrant de troubles mentaux graves, y compris la psychose ou la dépression, utilisent les réseaux sociaux pour créer de nouvelles relations, maintenir des connexions sociales existantes et obtenir du soutien par les pairs 5. Ces interactions facilitent la formation de réseaux de soutien et un sentiment d’appartenance.
Sur des plateformes comme Reddit, les adolescents utilisent des communautés spécifiques (par exemple, “/r/teenagers”) pour s’identifier aux autres et chercher des conseils concernant la santé mentale, l’anxiété, la dépression et l’estime de soi 6. Les communautés musicales en ligne émergent également comme des espaces où les jeunes divulguent leur détresse émotionnelle et reçoivent du soutien, la résonance émotionnelle induite par la musique et les commentaires étant la principale raison de leur engagement 7.
2.2 Sentiment d’appartenance et connexion
Les réseaux sociaux offrent aux jeunes un sentiment d’appartenance et de connexion qui peut être difficile à trouver dans leurs environnements hors ligne. Les plateformes comme TikTok permettent aux jeunes de trouver de la connexion et de se sentir vus à travers des expériences partagées de santé mentale 8. La plateforme fournit un espace sécurisé pour discuter de santé mentale, normaliser les conversations et déstigmatiser les conditions mentales. Les jeunes s’identifient aux créateurs de contenu qui ont des expériences similaires, favorisant un sentiment d’appartenance.
Les communautés thérapeutiques en ligne et le contenu valorisant sur les réseaux sociaux améliorent la résilience émotionnelle et la connectivité chez les adolescents 9. Ces plateformes facilitent la formation de communautés en ligne de soutien, permettant aux jeunes de s’engager dans des expériences partagées et de favoriser un sentiment d’appartenance qui contribue à leur bien-être mental.
Les plateformes de conseil en ligne sur les réseaux sociaux facilitent des sessions de conseil de groupe, permettant aux individus de se connecter autour de défis partagés et de fournir un sentiment de communauté 10. Ces communautés en ligne offrent un soutien émotionnel, un partage d’informations et un sentiment d’appartenance, particulièrement pour ceux qui font face à des problèmes spécifiques ou qui cherchent des personnes partageant les mêmes idées.
2.3 Populations marginalisées et espaces sécurisants
Les réseaux sociaux jouent un rôle particulièrement important pour les populations marginalisées qui font face à des barrières dans l’accès aux ressources de santé mentale en raison de facteurs tels que la stigmatisation, la discrimination et le manque de soins culturellement compétents 2. Pour les jeunes LGBTQ, les réseaux sociaux facilitent la construction de communautés en formant des réseaux et groupes de soutien par les pairs, particulièrement lorsque les options hors ligne sont limitées 11, 12. Ils se connectent avec d’autres partageant des identités similaires, réduisant l’isolement et augmentant le bien-être.
Ces plateformes facilitent les connexions émotionnelles, les expériences partagées et un sentiment d’appartenance, fournissant une aide mutuelle et un soutien pour le développement identitaire et la santé mentale 11, 12. Cette communauté en ligne offre un espace plus sûr pour l’interaction et l’exploration, particulièrement important dans les contextes ruraux et éloignés où l’accès aux communautés LGBTQ hors ligne peut être limité.
3. Comportements de recherche d’information
3.1 Types d’information recherchée
Les adolescents utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour rechercher des informations sur la santé mentale, les considérant comme une source utile et rentable 13. Ils recherchent des informations pertinentes pour comprendre leur état de santé, soulager les problèmes mentaux et apprendre à gérer des préoccupations comme la dépression, l’anxiété et le stress. Les plateformes comme Instagram et Facebook sont utilisées pour trouver des informations sur les symptômes, les auto-traitements, les stratégies d’auto-aide et les ressources 13.
Les jeunes recherchent à la fois des informations factuelles sur les symptômes et les traitements, ainsi que du contenu moins formel comme des histoires personnelles détaillant des expériences vécues 14. Ce contenu, souvent visuellement attrayant et engageant, les aide à reconnaître les troubles et à développer des stratégies d’adaptation, fournissant un accès à l’information et au soutien en santé mentale 13.
Sur TikTok, les jeunes ont principalement utilisé la plateforme pendant la pandémie de COVID-19 pour accéder à des informations et du soutien en santé mentale 8. Ils recherchaient du contenu sur les symptômes, les stratégies d’adaptation et les traitements, trouvant un espace sécurisé pour se sentir vus et normaliser les conversations. TikTok a également augmenté la sensibilisation aux services de santé mentale et aidé les jeunes à plaider pour eux-mêmes.
3.2 Plateformes privilégiées
Différentes plateformes de réseaux sociaux servent des fonctions distinctes dans la recherche d’information en santé mentale. Instagram est de plus en plus utilisé par les adolescents pour rechercher des services et du soutien en santé mentale, soulignant le rôle positif que ces plateformes peuvent jouer dans la facilitation de l’accès aux ressources et au soutien communautaire 2. Les études suggèrent que les plateformes de réseaux sociaux peuvent promouvoir les comportements de recherche d’aide chez les jeunes, servant potentiellement de points d’accès aux soins de santé mentale.
TikTok sert de plateforme pour la communication et la diffusion d’informations sur la santé mentale des adolescents, facilitant l’engagement à travers différents types d’utilisateurs 15. L’analyse du hashtag #teenmentalhealth révèle un fort engagement des utilisateurs, suggérant que la plateforme a un potentiel pour le discours public et en santé mentale, l’éducation et l’intervention.
Les jeunes utilisent également des plateformes comme YouTube, particulièrement les jeunes transgenres qui visionnent des vidéos comme soutien pour leur transition, accédant à des informations médicales pertinentes et à des ressources généralement inaccessibles hors ligne 11, 12. Cela facilite l’exploration et la compréhension de l’identité, offrant un moyen pratique d’obtenir du soutien.
3.3 Facilitation de l’accès aux soins
Les réseaux sociaux servent de pont vers les soins professionnels de santé mentale. Les jeunes qui s’engagent avec leurs pairs en ligne sur les questions de santé mentale sont plus susceptibles de rechercher un soutien professionnel 16. Beaucoup utilisent également les réseaux sociaux pour obtenir des informations sur la santé mentale, et 74% des jeunes aimeraient recevoir de l’aide d’un clinicien via les réseaux sociaux et valorisent les services professionnels en ligne 16.
Les sites de réseautage social offrent une opportunité d’aborder les barrières auxquelles les jeunes font face pour accéder à un soutien et des informations qualifiés en santé mentale 3. Les interventions basées sur les réseaux sociaux se révèlent hautement utilisables, engageantes et soutenantes, favorisant un sentiment de communauté et d’aide mutuelle. Internet offre un accès anonyme à une grande variété d’informations, surmontant les limitations géographiques et augmentant le contrôle sur les besoins en santé mentale 14.
4. Pratiques d’expression personnelle
4.1 Divulgation et partage d’expériences
Les jeunes utilisent les réseaux sociaux pour partager des problèmes personnels et des expériences, recherchant des conseils et un soutien émotionnel, en partie grâce à l’anonymat que les plateformes offrent 13. Le partage d’histoires personnelles sur les réseaux sociaux peut réduire les intentions suicidaires et permet aux individus de se connecter avec des pairs confrontés à des problèmes de santé mentale similaires sans crainte de jugement. Cette expression implique l’expression émotionnelle et le “partage de vie”, qui peuvent diminuer les risques de suicide et favoriser la recherche d’aide.
Les adolescents partagent des expériences difficiles sur les réseaux sociaux, soit en privé avec quelques amis/membres de la famille, soit publiquement 17. Cette auto-divulgation, impliquant des sentiments et préoccupations personnels, peut conduire à un soutien social et affecter positivement le bien-être. Certaines études suggèrent qu’il est plus facile de parler de difficultés via les réseaux sociaux, et que recevoir du soutien après le partage est associé à un bien-être plus élevé.
Dans les groupes Facebook sur la dépression chez les adolescents, la majorité du contenu des publications consistait en auto-divulgation (32,48%), indiquant que les jeunes partagent ouvertement leurs luttes de santé mentale 4. Les utilisateurs s’engageaient également dans des échanges de feedback entre utilisateurs (24,80%) et des offres/recommandations d’aide (24,61%), suggérant des expériences personnelles partagées et du soutien.
4.2 Expression créative et storytelling
Les jeunes sur TikTok s’expriment en partageant leurs luttes et expériences personnelles en santé mentale, ce qui les aide à se sentir validés et moins seuls 8. Ils utilisent la plateforme pour raconter leurs parcours de santé mentale, incorporant souvent de l’humour et du contenu engageant. Cette expression créative, incluant la discussion de divers sujets de santé mentale et d’identité, favorise la connexion et normalise les conversations, particulièrement pour les voix marginalisées.
Les plateformes de réseaux sociaux offrent aux adolescents un espace pour s’exprimer et partager leurs pensées, mettant en valeur leur créativité à travers des publications, des vidéos et d’autres formes de contenu 10. Cela leur permet de partager des expériences et émotions personnelles, contribuant à leur expression identitaire. Les adolescents peuvent également divulguer leurs luttes de santé mentale et trouver du soutien au sein des communautés en ligne en se connectant avec d’autres qui partagent des intérêts ou difficultés similaires.
Sur les réseaux sociaux, les jeunes communiquent en partageant des pensées, des informations, des images et des vidéos, et en répondant aux publications d’autres personnes par des commentaires, des likes ou des réactions 16. Les participants peuvent personnaliser leurs profils avec des images et des biographies, et voir les activités des autres. Les travailleurs pairs facilitent l’apprentissage social en se divulguant et en utilisant du contenu thérapeutique pour faire face aux difficultés, en publiant des liens vers des ressources et en lançant des discussions.
4.3 Construction identitaire
Pour les jeunes LGBTQ, les réseaux sociaux servent d’espace crucial pour l’expression identitaire. Ils s’expriment en partageant des expériences, émotions et histoires personnelles, particulièrement concernant leur identité LGBTQ 11, 12. Cela inclut la divulgation de leurs identités sexuelles et de genre, utilisant souvent des publications subtiles comme des images ou des pronoms. Les réseaux sociaux fournissent un espace sûr pour l’exploration et l’expression identitaires, leur permettant de communiquer leur identité à leurs réseaux hors ligne.
Les adolescents intègrent les réseaux sociaux dans des aspects critiques de leurs identités, les utilisant pour une expression saine 1. Ils font face, soulagent et réagissent sur les réseaux sociaux concernant les problèmes de santé mentale. Bien que des dommages potentiels comme les filtres sociaux existent, les bénéfices incluent un sentiment de communauté, de connectivité et un accès anonyme aux ressources de santé mentale.
Les jeunes utilisent également les réseaux sociaux pour expérimenter leur sens émergent d’agence et démontrer leur compétence sociale en ligne 18. À travers ces interactions, ils sont souvent en train d’expérimenter leur identité et de développer leur compréhension d’eux-mêmes dans le contexte de la santé mentale.
5. Discussion
5.1 Bénéfices convergents
La littérature révèle un consensus émergent sur les bénéfices potentiels des réseaux sociaux pour la santé mentale des jeunes. Les trois dimensions examinées—construction de communautés, recherche d’information et expression personnelle—sont interconnectées et se renforcent mutuellement. Les jeunes qui partagent leurs expériences personnelles (expression) trouvent souvent du soutien par les pairs (communauté) et accèdent à des informations utiles (recherche d’information) dans le même espace numérique 1, 3, 13.
Les réseaux sociaux offrent des avantages particulièrement importants pour les populations marginalisées, y compris les jeunes LGBTQ et les personnes de couleur, qui font face à des barrières dans l’accès aux soins traditionnels 2, 11, 12. Ces plateformes fournissent des espaces sécurisés pour l’exploration identitaire, la connexion avec des pairs partageant des expériences similaires, et l’accès à des informations culturellement pertinentes.
La normalisation des conversations sur la santé mentale est un bénéfice clé identifié à travers plusieurs études 18, 8, 9. En voyant d’autres partager ouvertement leurs luttes, les jeunes se sentent moins isolés et plus enclins à rechercher de l’aide, que ce soit auprès de pairs en ligne ou de professionnels 16, 14.
5.2 Risques et limites
Malgré les bénéfices documentés, la littérature identifie également des risques importants. Les études sur les groupes d’auto-mutilation et de comportements suicidaires révèlent que les réseaux sociaux peuvent normaliser et accepter les comportements d’auto-mutilation, discuter de motivations ou de déclencheurs, et présenter des représentations en direct d’actes d’auto-mutilation 19. Ces effets néfastes incluent également la discussion de dissimulation, d’idéation suicidaire ou de plans.
La qualité de l’information en ligne est incohérente, et les jeunes doivent être conscients de la désinformation et du manque de conseils individualisés 8, 14. Bien que bénéfique pour l’apprentissage et la connexion avec les pairs, le contenu sur les réseaux sociaux peut également déclencher des comparaisons sociales et des attentes irréalistes, contribuant à un déclin du bien-être psychologique 20.
L’utilisation excessive des réseaux sociaux et le contenu aspirationnel peuvent engendrer de l’anxiété et une faible estime de soi chez les adolescents 9. Les étudiants expriment des sentiments d’insécurité en voyant les réalisations de leurs pairs et de l’anxiété face à la pression de maintenir une image positive en ligne 20.
5.3 Implications pour la pratique
Les résultats de cette revue suggèrent plusieurs implications pour les professionnels de la santé mentale, les éducateurs et les concepteurs de plateformes. Il est impératif que les professionnels de l’éducation et les prestataires de santé mentale en milieu scolaire se familiarisent et s’éduquent sur l’utilisation des réseaux sociaux par les adolescents 1. Les recherches futures devraient se concentrer sur l’intégration de l’utilisation des réseaux sociaux dans l’identification des individus ayant besoin de services de santé mentale, d’interventions et de diffusion de ressources crédibles et professionnelles.
Les interventions basées sur les réseaux sociaux montrent un potentiel prometteur. Les plateformes modérées qui facilitent le réseautage social pair-à-pair et les discussions de résolution de problèmes, guidées par des modérateurs pairs, peuvent créer un sentiment d’appartenance et d’aide mutuelle 16. Les vidéos brèves basées sur des preuves sur Instagram peuvent engager les adolescents souffrant de dépression 2, et TikTok a un potentiel comme outil de santé publique pour l’éducation et l’intervention 8, 15.
Il est crucial de fournir des canaux de soutien par les pairs structurés et sécurisés qui favorisent un sentiment de communauté et répondent au besoin de relation et de compétence 14. Les plateformes devraient également travailler à améliorer la qualité de l’information disponible et à réduire l’exposition à du contenu potentiellement nuisible.
6. Conclusion
Cette revue de littérature démontre que les jeunes utilisent activement les réseaux sociaux pour naviguer dans leurs expériences de santé mentale à travers trois dimensions principales : la construction de communautés de soutien par les pairs, la recherche d’informations sur les symptômes et les traitements, et l’expression personnelle de leurs luttes et identités. Les plateformes comme Instagram, TikTok, Facebook et Reddit émergent comme des espaces importants où les jeunes trouvent validation, connexion et ressources.
Bien que des risques existent—notamment la normalisation de comportements nuisibles, la désinformation et les comparaisons sociales négatives—la littérature suggère que les bénéfices potentiels sont substantiels, particulièrement pour les populations marginalisées qui font face à des barrières dans l’accès aux soins traditionnels. Les réseaux sociaux peuvent servir de points d’accès cruciaux aux soins de santé mentale, de plateformes pour la normalisation des conversations sur la santé mentale, et d’espaces sécurisés pour l’exploration identitaire.
Les recherches futures devraient adopter des approches longitudinales pour mieux comprendre les effets à long terme de l’utilisation des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes, et explorer comment les interventions basées sur les réseaux sociaux peuvent être optimisées pour maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques. Il est également essentiel de développer des stratégies pour améliorer la littératie numérique des jeunes afin qu’ils puissent naviguer de manière critique dans les informations de santé mentale en ligne.
Maintenant je mets le fragment pré-rédigé à partir de mon raisonnement, mes lectures et la revue de littérature de Scispace.
Santé mentale des jeunes à l’ère du numérique
A. L’exposition à l’information sur la santé mentale chez les jeunes
À l’ère du numérique, les jeunes nés après 2001 évoluent dans un flux d’informations continu sur la santé mentale. L’adoption quasi universelle des smartphones (plus de 70% des adolescents en possèdent un) et la pandémie de COVID-19 ont renforcé cette tendance : les réseaux sociaux sont devenus pour beaucoup de jeunes la source principale d’information en santé mentale . Contrairement aux générations précédentes, la Génération Z est exposée dès l’adolescence à des contenus liés au bien-être psychologique sur des plateformes visuelles et virales comme Instagram et TikTok. Ces applications fonctionnent par des algorithmes de recommandation qui proposent des vidéos en fonction des préférences détectées : un phénomène de sérendipité algorithmique peut ainsi amener un utilisateur à découvrir de manière fortuite du contenu sur l’anxiété ou la dépression, simplement parce que ces thèmes sont viraux dans son réseau. Cette exposition peut survenir « parfois même sans le vouloir », à travers des fils « For You » ou des tendances du moment . Par exemple, le hashtag#MentalHealth cumule à lui seul plus de 45 milliards de vues sur TikTok , illustrant l’ampleur de la visibilité de ces sujets auprès des jeunes internautes. Les algorithmes personnalisent les recommandations et peuvent enfermer les jeunes dans des bulles de contenu spécifiques, créant des « chambres d’écho » qui renforcent certaines perceptions par biais de confirmation . Cette logique favorise la diffusion massive de contenus de santé mentale, tantôt bénéfiques (ex. astuces de gestion du stress), tantôt problématiques (ex. désinformation médicale), dans un écosystème où aucune compétence particulière n’est requise pour produire ou recevoir ces messages . Les jeunes doivent ainsi mobiliser des compétences de littératie numérique et sanitaire pour naviguer de façon critique dans ce flux informationnel hétérogène.
En parallèle de cette exposition passive par l’algorithme, les jeunes développent des pratiques de recherche active d’information en santé mentale. Les réseaux sociaux sont perçus comme des sources d’information pratiques et accessibles sur les troubles psychiques . Plutôt que de se tourner d’emblée vers un professionnel, de nombreux adolescents tapent des mots-clés sur YouTube, Instagram ou TikTok pour comprendre leurs symptômes ou trouver des conseils. Ils recherchent à la fois des connaissances factuelles – comprendre un diagnostic, connaître les traitements disponibles – et des contenus expérientiels tels que des témoignages personnels détaillant des expériences vécues . Par exemple, sur Instagram et Facebook on observe des adolescents qui cherchent des informations sur les symptômes, des stratégies d’auto-assistance ou des ressources d’aide, tandis que sur TikTok la recherche porte souvent sur des vidéos courtes illustrant des techniques de gestion de l’anxiété ou du stress  . Durant la pandémie, TikTok est même devenu un espace clé pour nombre de jeunes en détresse : ils y ont trouvé du contenu sur la dépression ou les attaques de panique, y ont appris des stratégies d’adaptation (par exemple des exercices de respiration guidés en vidéo) et y ont découvert des témoignages qui les ont aidés à se sentir « vus » et moins seuls . Ce type de plateforme a contribué à normaliser les conversations sur la santé mentale chez les jeunes et à augmenter la sensibilisation aux ressources disponibles en ligne .
Les plateformes privilégiées varient selon les générations et les usages. Les adolescents et jeunes adultes de la Génération Z investissent surtout Instagram et TikTok, supports dominés par l’image, la vidéo courte et la viralité. Ils s’en servent pour s’informer et trouver du soutien, là où les générations plus âgées ont tendance à utiliser davantage Facebook ou des forums classiques . Une enquête médiatique récente indique par exemple que près de 30 % des membres de Gen Z ont déjà procédé à un auto-diagnostic en s’appuyant sur des contenus en ligne, et qu’ils privilégient TikTok pour ce faire, tandis que leurs aînés utilisent plutôt Facebook . On observe ainsi une évolution des pratiques informationnelles : là où un trentenaire pouvait chercher un article de blog ou un forum spécialisé, un adolescent de 17 ans va naviguer entre des stories Instagram d’influenceurs “psy” et des vidéos TikTok au ton décomplexé. YouTube demeure également une plateforme importante pour certains besoins spécifiques : par exemple, de jeunes personnes LGBTQ+ ou en questionnement identitaire visionnent des vlogs de pairs ou des vidéos éducatives pour trouver des informations introuvables hors ligne, comme des conseils sur la transition ou des témoignages sur le vécu de la dysphorie . Chaque média social offre un cadre de recherche distinct – plus textuel sur Reddit, plus visuel sur Insta/TikTok – ce qui influence le type d’information trouvé.
Enfin, la nature des informations obtenues en ligne sur la santé mentale est très variée. Les jeunes internautes accèdent aussi bien à des contenus de vulgarisation scientifique (infographies, vidéos explicatives réalisées par des psychologues ou des associations, campagnes de sensibilisation) qu’à des savoirs expérientiels partagés par des pairs (récits de parcours personnels, astuces qui ont aidé telle personne à surmonter ses crises d’angoisse, etc.). Sur TikTok, on trouve ainsi côtoyant des vidéos de cliniciens donnant des conseils validés, des vidéos d’« expertise profane » où un adolescent explique avec ses mots comment il gère son insomnie. Cette cohabitation de discours divers s’accompagne de postures épistémiques variées : certains créateurs de contenu se présentent explicitement comme non-experts et encouragent à la prudence, tandis que d’autres adoptent le ton affirmatif de l’expertise, ce qui peut brouiller la distinction entre information fiable et opinion personnelle. Par ailleurs, une partie du contenu relève du militantisme et de l’engagement citoyen en santé mentale. Des campagnes participatives et hashtags dédiés (p. ex.#BellLetsTalk,#MentalHealthAwareness) visent à déstigmatiser les troubles psychiques et à encourager l’entraide. D’autres mouvements plus radicaux se manifestent en ligne, portés par des communautés dénonçant la psychiatrie traditionnelle ou prônant des alternatives au soin conventionnel. Ainsi, l’exposition informationnelle des jeunes sur Internet va des messages de sensibilisation les plus bienveillants jusqu’aux discours les plus transgressifs, reflétant l’ambivalence de cet écosystème numérique  .
B. Les communautés en ligne en santé mentale
L’un des apports majeurs d’Internet pour les jeunes en difficulté psychologique est l’ouverture de communautés en ligne dédiées à la santé mentale. Ces espaces virtuels – groupes Facebook, forums Reddit, hashtags sur Twitter/Instagram, serveurs Discord, etc. – permettent de rompre l’isolement que peuvent ressentir les jeunes aux prises avec des troubles mentaux. Alors qu’ils peuvent hésiter à parler de leurs problèmes à leur entourage hors ligne, ces communautés offrent un réseau de soutien par les pairs immédiatement accessible . Les adolescents et jeunes adultes s’y rassemblent pour échanger avec d’autres qui « partagent des expériences similaires », ce qui répond à un profond besoin d’appartenance et de compréhension mutuelle  . Par exemple, des groupes Facebook privés dédiés à la dépression chez les adolescents réunissent des milliers de membres autour de vécus communs. Une analyse de contenu de ces groupes a montré que la majorité des publications (plus de 80%) consiste en des auto-divulgations personnelles suivies d’interactions de soutien : environ un tiers des posts sont de vrais témoignages de mal-être postés par les jeunes eux-mêmes, tandis que les commentaires sont dominés par des messages d’encouragement, des retours d’expérience ou des recommandations d’aide de la part d’autres membres . Ce fonctionnement illustre la logique communautaire homogène qui émerge souvent dans ces espaces : on y valorise l’authenticité du partage personnel et l’entraide, dans un cadre relativement informel où chacun peut apporter son vécu.
Les communautés en ligne se structurent fréquemment autour de pathologies ou thématiques spécifiques. Il existe une multitude de micro-communautés dédiées, par exemple, à l’anxiété sociale, au trouble bipolaire, aux troubles du comportement alimentaire, etc. Chacune développe ses propres codes et références, mais on observe une certaine homogénéité des pratiques discursives d’entraide. Sur Reddit, les adolescents fréquentent par exemple des forums comme r/depression ou r/teenagers pour confier anonymement leurs angoisses et demander conseil face à des symptômes dépressifs ou anxieux . Sur ces forums, ainsi que sur des plateformes de messagerie ou de chat, on retrouve des rituels communicatifs similaires : le jeune qui poste un message détaillant son problème reçoit des réponses empathiques, souvent de pairs ayant traversé les mêmes épreuves, proposant des conseils pratiques (p. ex. techniques pour mieux dormir, idées d’activités pour aller mieux) ou partageant comment eux-mêmes s’en sont sortis. Cette dynamique de soutien émotionnel et de normalisation de l’expérience est un trait saillant de la culture de ces communautés . En effet, voir que d’autres ressentent la même détresse contribue à déstigmatiser son propre vécu : les échanges en ligne agissent comme un miroir bienveillant où la souffrance individuelle est reconnue comme légitime et relativement commune. Des études notent que participer à ces communautés peut améliorer la résilience émotionnelle des adolescents en renforçant leur sentiment d’être compris et connectés à autrui . Cet effet est particulièrement significatif pour des jeunes appartenant à des groupes marginalisés ou stigmatisés hors ligne. Par exemple, de nombreux jeunes LGBTQ+ utilisent les réseaux sociaux pour trouver des pairs vivant des situations semblables, ce qui réduit leur isolement et leur apporte un soutien adapté à leur identité . Dans ces espaces sécurisants, ils peuvent aborder à la fois leurs enjeux de santé mentale et de discrimination, et recevoir une aide mutuelle précieuse qu’ils peinent parfois à trouver dans leur milieu immédiat .
Si ces communautés en ligne offrent un refuge et un appui aux jeunes, elles peuvent également développer une normativité interne et connaître certaines dérives. À force d’échanger principalement entre personnes concernées par un même trouble, des normes implicites surgissent sur la manière de percevoir et de gérer ce trouble. Par exemple, dans un groupe dédié à la dépression, il peut devenir tacitement admis que le recours aux médicaments est secondaire par rapport au soutien entre pairs, ou qu’il est normal de se sentir en échec permanent. Ces normes communautaires ne correspondent pas toujours aux recommandations médicales classiques, et peuvent conduire à une acceptation fataliste du problème plutôt qu’à encourager à chercher de l’aide professionnelle. Des recherches sur les forums de discussion autour de l’auto-mutilation ont mis en évidence ce double visage des communautés : d’un côté elles offrent entraide et conseils pour aller mieux (suggérer de consulter un thérapeute, partager des astuces pour résister à l’impulsion autodestructrice), de l’autre elles peuvent normaliser le comportement néfaste et fournir sans le vouloir des “triggers” ou techniques de contournement pour se faire du mal en cachette . Il arrive aussi que la parole de certains membres faisant figure de vétérans du forum prenne un poids important dans le groupe, orientant les autres vers des points de vue particuliers. Ainsi, des idéologies anti-psychiatriques ou anti-médicales peuvent trouver un écho fort dans des communautés acquises à la critique des soignants. Sur certains blogs ou groupes, on voit par exemple des discours rejetant en bloc les diagnostics ou les médicaments (qualifiés de “poisons” ou de manipulations de l’industrie pharmaceutique), et promouvant à la place des alternatives de soin autogérées : spiritualité, remèdes naturels, entraide purement communautaire sans intervention de “l’extérieur”. Poussées à l’extrême, de telles dérives peuvent s’apparenter à des sectes virtuelles qui entretiennent une méfiance systématique envers les professionnels de santé . Par ailleurs, la forte cohésion interne des communautés en ligne présente le risque d’un repli sur soi collectif : le groupe peut devenir une bulle où l’on “tourne en rond” dans la négativité. C’est notamment le cas sur certaines plateformes comme Tumblr, historiquement connues pour avoir hébergé au début des années 2010 de véritables « chambres d’écho » autour de la dépression ou du mal-être adolescent . Dans ces espaces, la souffrance mentale a parfois été romantisée et érigée en élément central d’identité, entretenue par des publications esthétiques (images mélancoliques, citations désespérées) qui finissent par glorifier la maladie mentale plutôt que d’encourager à la soigner . Les membres y trouvent une validation de leurs sentiments, mais risquent aussi de renforcer mutuellement une vision pessimiste sans issue. Ce type de dérive reste minoritaire au regard de l’ensemble des communautés d’entraide, mais il rappelle l’importance d’un certain équilibre : les mêmes réseaux qui brisent l’isolement peuvent, s’ils manquent de diversité de points de vue, conforter les jeunes dans des schémas nocifs. L’enjeu est donc de comprendre comment maintenir les bénéfices de ces communautés (soutien, appartenance, déstigmatisation) tout en limitant les effets indésirables de l’entre-soi numérique.
C. La divulgation de soi et l’expression en ligne
Le cyberespace de la santé mentale offre aux jeunes un espace d’expression personnelle inédit, où ils peuvent mettre en mots (ou en images) ce qu’ils vivent intérieurement. Les pratiques de divulgation de soi – c’est-à-dire le fait de partager publiquement ou semi-publiquement ses difficultés, émotions et expériences – sont devenues courantes chez les moins de 25 ans. Sur Instagram, TikTok, Facebook ou les forums, de nombreux adolescents racontent leurs histoires personnelles liées à la santé mentale : diagnostics reçus, épisodes de crises, parcours thérapeutiques, ou simples confidences sur une journée d’angoisse. Cette externalisation de l’intime s’explique en partie par la quête de soutien émotionnel et de reconnaissance. L’anonymat relatif ou la distance écranisée font qu’il est souvent plus facile pour un jeune de “poster” ses pensées sombres sur un réseau social que d’en parler de vive voix à un proche . Paradoxalement, ce dévoilement public s’accompagne d’une sensation de sécurité, car l’écran protège du face-à-face et permet de calibrer ce que l’on dit. Les études suggèrent que pour certains adolescents, écrire un post sur ce qu’ils ressentent ou sur “quelque chose de difficile” est un exutoire qui peut même avoir des effets positifs mesurables sur le bien-être . Par exemple, le fait de recevoir des réponses bienveillantes après s’être livré en ligne a été associé à une diminution des idées suicidaires et à une amélioration du moral dans les jours qui suivent . Ce soutien asynchrone – des inconnus ou des amis virtuels qui répondent quelques heures plus tard avec un mot d’encouragement ou un conseil – donne au jeune l’impression d’être entendu sans être jugé, ce qui peut renforcer son estime de soi.
Au sein de ces espaces, la participation communautaire joue un rôle clé dans la valorisation et la légitimation de la parole des jeunes. Publier régulièrement, commenter le vécu d’autrui, apporter son aide quand on le peut : toutes ces actions contribuent à construire une forme de réputation en ligne et d’identité numérique autour du thème de la santé mentale. Par exemple, un jeune qui témoigne fréquemment de sa lutte contre l’anxiété sociale et propose aux autres des astuces qui l’ont aidé, pourra devenir un membre respecté d’un groupe de soutien, parfois perçu comme une sorte de « pair expert ». Cette légitimation par la communauté s’écarte des critères classiques d’autorité (diplômes, statut professionnel) pour reconnaître la valeur de l’expérience vécue. Ainsi se constitue progressivement un savoir profane collectif : à force de discussions, d’échanges de “trucs et astuces” et de comparaisons de parcours, les jeunes développent une connaissance empirique de leurs troubles et des moyens d’y faire face au quotidien. Ce savoir n’est pas figé : il se co-construit en permanence et circule d’une plateforme à l’autre, alimenté par les contributions de chacun. On voit émerger un vocabulaire commun, des références partagées (par exemple le concept de “journaling” pour l’auto-thérapie, les “petits pas” pour parler de micro-objectifs quotidiens, etc.), bref une culture discursive propre à la santé mentale en ligne. Les postures épistémiques des jeunes internautes sont d’ailleurs visibles à travers ces échanges : beaucoup prennent soin de préciser “je ne suis pas médecin, mais…” avant de donner un conseil, marquant ainsi la conscience de leur position de non-expert. D’autres au contraire revendiquent que “les vrais experts, ce sont ceux qui le vivent”, exprimant une défiance vis-à-vis des savoirs institués. Ce jeu de positionnements traduit une dynamique anthropologique où le vécu personnel devient une source de légitimité du savoir, bousculant les hiérarchies traditionnelles entre savoir expert et savoir profane. Les analyses en sciences du langage relèvent ici des phénomènes d’ethos discursif : en racontant leur histoire, les jeunes construisent une image d’eux-mêmes (authentique, vulnérable mais résilient, par exemple) qui vise à emporter l’adhésion et la sympathie de leur audience en ligne.
Les réseaux sociaux servent en outre de catalyseur à la créativité expressive des jeunes en matière de santé mentale. Au-delà du témoignage brut, on assiste à la multiplication de formats créatifs pour exprimer la souffrance psychique : montages vidéo, memes humoristiques sur l’anxiété, dessins numériques illustrant la dépression, poèmes ou chansons partagés sur YouTube, etc. Sur TikTok notamment, de nombreux adolescents racontent leurs parcours de santé mentale en s’appuyant sur les codes esthétiques de la plateforme – enchaînements dynamiques, musique, humour décalé – afin de rendre le message plus engageant . Loin de banaliser le sujet, cet usage de l’humour ou de la dérision contrôlée permet souvent de dédramatiser la maladie et de reprendre pouvoir sur elle en la nommant sur un ton accessible. Cette esthétisation de la souffrance était déjà présente sur des plateformes comme Tumblr, où s’est développé au début des années 2010 un véritable « sad aesthetic » mêlant photos mélancoliques, citations poétiques et imagerie sombre pour parler de dépression  . Si cette tendance Tumblr a dérivé chez certains vers une glorification malsaine du mal-être, elle a aussi été une forme d’expression artistique d’une génération en peine. Aujourd’hui, sur Instagram, on retrouve des comptes artistiques où des jeunes publient des bandes dessinées sur leur anxiété ou des photographies symboliques de leur détresse intérieure, cherchant à la fois un exutoire et une façon de communiquer l’indicible à leur entourage. Ces pratiques expressives contribuent à forger une esthétique numérique de la santé mentale, où la tristesse, la colère ou la confusion sont traduites en artefacts culturels partageables. En racontant leur vécu par le biais de l’art ou de la narration, les jeunes créent du sens à partir de leur souffrance et la rendent compréhensible par autrui. Cela s’apparente, pour reprendre une analyse anthropologique, à une forme de « rituel séculier de guérison » : la mise en récit publique des épreuves psychiques tient lieu de cérémonie où la communauté virtuelle joue le rôle de témoin et d’officiant, apportant une reconnaissance collective qui participe au processus de guérison symbolique  .
En somme, l’ère du numérique a ouvert aux jeunes trois portes intimement liées : celle de l’information, de la communauté et de l’expression  . Chacune de ces dimensions transforme le rapport des moins de 25 ans à la santé mentale, en offrant de nouvelles opportunités d’apprentissage, de soutien et de prise de parole, tout en posant de nouveaux défis en termes de fiabilité des savoirs et de construction identitaire. Le tableau qui se dessine est celui d’une culture numérique de la santé mentale à la fois alternative et complémentaire des cadres traditionnels de soin : une culture où se mêlent vulgarisation et vécu, où le hashtag fait office de groupe de parole, et où l’écran devient le support d’une parole libérée que les sciences du langage, les sciences de l’information et l’anthropologie se doivent d’analyser pour en saisir toutes les nuances.
Bibliographie
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Footnotes
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